Profiter de la vie, apprécier les choses simples, essayer de se concentrer sur le positif. Ce ne sont pas des choses à remettre à demain. Parce qu’en une seconde, tout peut basculer. La vie ne prévient pas. Elle peut changer de visage au moment où l’on s’y attend le moins.

_____________________________________________________________________________

Ce 16 octobre où tout a failli basculer 

Il est 8h15 lorsque je me réveille tranquillement pour commencer ma journée. Les jours de télétravail, c’est généralement l’heure à laquelle je me lève afin d’avoir le temps de m’organiser avant de me connecter à mon poste à 9h15. Plusieurs mails m’attendent, notamment des factures à traiter. Alors, avec sérieux et concentration, je m’installe dans ma routine habituelle. Une journée ordinaire. Une journée banale. Du moins, c’est ce que je croyais.

À 12h30, je prends ma pause déjeuner. Je réchauffe des légumes et du poulet, avec une pomme verte en dessert et de l’eau plate. Je mange paisiblement devant Netflix, dans ce calme de mon appartement que j’adore.

À 13h45, je reprends le travail.

Vers 16h15, je fais une petite pause. Je mange un fromage blanc au coulis de fraise, debout devant la fenêtre. Je regarde dehors, perdue dans mes pensées. Je pensais à tout et à rien à la fois. Lorsque je reprends mon poste vers 16h35, il n’y a pas beaucoup d’activité, seulement deux mails à traiter, toujours liés à des factures et un peu de gestion d’agenda. Alors je prends mon temps, jusqu’à environ 17h45.

Vers 18h, je décide de sortir un peu pour me dégourdir les jambes et prendre l’air. Je n’avais pas envie d’aller loin. Il faisait beau certes, mais légèrement frisquet à mon goût. En bonne casanière, je préférais rester proche de mon petit cocon. J’avais envie de pâtes ce soir-là. Je m’étais dit que j’allais passer au magasin bio acheter des pâtes complètes et une bonne crème fraîche pour préparer ma sauce secrète. J’en avais vraiment envie !

J’enfile alors un jogging gris confortable, des Air Max blanches, une petite veste noire et une casquette Nike blanche. Je ne prends même pas mon sac à main. Juste l’essentiel : mon téléphone, ma carte d’identité et ma carte bancaire, glissés dans la poche fermée de ma veste, je mets un chewing-gum dans ma bouche et hop ! Il devait être environ 18h35 lorsque je retire les clés de la serrure et claque la porte de mon appartement. Je descends, vérifie rapidement ma boîte aux lettres en me disant que je récupérerai le courrier plus tard, puis je pousse la porte d’entrée de l’immeuble.

Me voilà sur le trottoir.

Je m’avance pour traverser entre deux scooters garés. Je regarde à droite ,aucune voiture, puis je jette un rapide regard à gauche, il n’y a rien. Je m’engage. Et là, un bruit assourdissant, comme si une bombe avait explosé dans ma tête. La stupeur !! Une trottinette électrique me percute de plein fouet. Le bruit entendu , c’est la violence du choc à la tête, j’ai été projetée à environ un mètre avant qu’elle ne heurte très brutalement la chaussée. Juste pour vous vous dire, j’ai eu les oreilles assourdies pendant 30-40 secondes, un choc à en devenir tétraplégique, mon Dieu !

J’entends du bruit autour de moi au bout de ces longues secondes. Des voix, des mouvements. J’essaie d’ouvrir les yeux, mais mon œil droit semble paralysé. Je comprends peu à peu que je suis au sol. Des gens m’entourent, certains me demandent si je vais bien, d’autres crient qu’il ne faut surtout pas me bouger, ni me toucher. Et là, je réalise que je viens d’avoir un accident. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Comment ? Qui ? Moi ? Diane ?

Une fausse force m’envahit et j’essaie de me redresser. Mais dès que je me mets assise, une douleur intense et indescriptible traverse tout mon corps. Je n’avais jamais ressenti une telle souffrance de toute ma vie ! Je pleure comme une enfant, je crie !! Je m’accroche à la main d’un homme et je la serre fort, très fort, en lui disant que j’ai mal, trop mal. Il comprend et me console sans jamais me lâcher.

Une dame accroupie devant moi tente de me calmer. Elle tient mes genoux pour m’empêcher de bouger et me rassure comme elle peut. Mais j’étais paniquée, agitée, complètement désorientée. Je voulais me lever, partir, courir… comme pour fuir ce qui venait de se produire. Autour de moi, plusieurs personnes affolées appellent les secours. Et dans cet état de panique totale, je prends mon téléphone. Le premier réflexe que j’ai eu, c’est d’appeler ma mère.

« Allô maman… je viens d’avoir un accident… c’est horrible… j’ai mal… »

Je pleurais en hurlant au téléphone sans pouvoir m’arrêter. Je me sentais terrifiée, seule, malgré les gens absolument bienveillants qui m’entouraient. La douleur du côté droit de ma tête était atroce. Lourde. Forte. Insupportable. Ma mère essayait de me rassurer, me disant qu’elle et mon père arrivaient immédiatement.

Mais je lui ai répondu :

« Non maman… ne venez pas… ne venez pas ! »

En effet, je ne voulais pas que mes parents me voient dans cet état. Je culpabilisais déjà à l’idée de leur infliger une nouvelle fois cette peur et cette inquiétude. J’avais le sentiment qu’ils avaient déjà beaucoup souffert à travers les épreuves tragiques que j’avais traversées auparavant, notamment les agressions injustes dont j’avais été victime, ainsi que tout le tumulte qui avait suivi lorsque j’avais dénoncé les responsables. Ces périodes avaient été extrêmement difficiles pour toute ma famille. Et là, je me retrouvais assise par terre, le visage en sang, complètement détruite physiquement, alors que je voulais simplement prendre l’air après une journée de télétravail.

Les pompiers sont arrivés une dizaine de minutes plus tard. Ils m’ont examinée attentivement. Je me souviens encore du regard inquiet de l’un d’eux pendant qu’il m’auscultait, pour une raison que je garde pour moi. Ils voulaient immédiatement me conduire à l’hôpital, j’ai refusé. Oui, vous avez lu, vous me diriez que c’est insensé de ma part. En réalité, je voulais juste rentrer chez moi, être seule. Comme si, en rentrant, tout cela allait disparaître. J’étais dans une espèce de déni.

Ils m’ont expliqué qu’une hémorragie pouvait se déclarer plus tard dans la soirée et donc être extrêmement dangereuse. Pourtant, dans ma tête, je ne voulais qu’une chose : rentrer chez moi. Je comprenais, mais je voulais fermer les yeux et dormir. Alors ils m’ont tendu un document attestant mon refus d’hospitalisation, que j’ai signé.

Ensuite, malgré la douleur atroce, je suis allée faire ma déposition auprès des policiers. À côté d’eux se trouvait le jeune homme qui m’avait percutée avec sa grosse trottinette électrique. Il me regardait avec tellement de choc, de gêne et de peine dans les yeux. Je les informais que je souffrais énormément et que je voulais rentrer me reposer. Avant de partir, l’un des pompiers m’a recommandé de les appeler immédiatement en cas de nausées et de vomissements. Une autre m’a donné une poche de glace pour mon œil.

Puis je suis remontée chez moi.

Une fois rentrée, je ne sais par quel courage, j’ai lancé un appel vidéo dans le groupe WhatsApp de ma famille pour montrer l’état de mon visage à ma famille. Il était abîmé, gonflé, ensanglanté. Ils étaient tous choqués. Et surtout, très en colère contre moi parce que j’avais refusé de me rendre à l’hôpital. Je ne sais pas comment expliquer, mais je ne voulais pas accepter ce qui venait de se passer. C’était comme si aller à l’hôpital rendait l’accident réel et confirmait définitivement que ma journée venait de basculer dans un cauchemar. J’ai brossé mes dents, pris ma douche comme je pouvais, et je me suis couchée.

Le lendemain matin, le 17 octobre

Le réveil était lourd avec une douleur encore plus intense que la veille. Mon œil droit était complètement gonflé et fermé, je ne pouvais même plus du tout l’ouvrir. Je me suis regardée dans le miroir et là l’horreur ! Mon visage était beaucoup trop boursouflé, mon nez, ma bouche, mes joues, mon front, mon cou étaient enflés ou penchés. J’ai commencé à flipper, mes larmes ont commencé à couler. Ce n’était pas mon apparence, non impossible. À ce moment précis, je m’étais dit : « J’aurais dû y passer… j’ai trop mal, je suis beaucoup trop laide, j’en ai déjà marre… ». Vraiment, la souffrance était profondément insupportable !

J’ai finalement décidé d’appeler les pompiers. Mais avant, il me fallait évidemment prendre une douche. Ceux qui me connaissent savent que je ne sors jamais sans m’être lavée. Je me suis habillée, parfumée, puis j’ai préparé un sac avec quelques affaires pour une éventuelle hospitalisation. Mes gestes étaient lents malgré tout, j’essayais encore de garder un semblant de contrôle sur cette situation, quelle épreuve !

J’ai appelé ma mère pour lui dire que j’allais enfin à l’hôpital. Elle était soulagée, même si j’insistais encore sur le fait que j’allais me débrouiller seule et qu’il ne fallait pas qu’ils se déplacent. Mon père, malgré mes refus de me rejoindre, a décidé de venir. Les pompiers sont arrivés vers 10h pour me conduire à l’hôpital.

Une fois sur place, on m’a installée dans une chambre pendant environ une heure. Pendant ce temps, je donnais des nouvelles à ma famille sur WhatsApp. Ma grande sœur voulait venir m’apporter ce dont j’avais besoin, mais je lui ai répondu que ce n’était pas la peine. Je sais… d’une certaine manière, je les repoussais tous. Mais au fond, je voulais simplement que tout ce cauchemar s’arrête et retrouver ma vie normale, comme si rien de tout cela ne s’était produit. 

Après plusieurs examens, une radio etc, les résultats sont finalement tombés et miraculeusement, je n’avais aucune séquelle grave. Seulement une énorme douleur au niveau du côté droit du visage, de l’œil et mon corps. Les plaies n’étaient pas non plus importantes au point de me défigurer, je m’en sortais avec des grosses égratignures, pourtant je saignais, une chance ! Le médecin m’a prescrit des médicaments contre la douleur etc et remis un collier cervical (minerve) que je devais obligatoirement porter. Ma tête serait à surveiller, je devrais faire des radios pour s’assurer que mon crâne allait bien. Puis je suis rentrée chez moi. Seule. Je ne voulais contacter qui que ce soit.

Au fond, je voulais rester seule avec ce traumatisme que je n’arrivais toujours pas à accepter. Avant de mettre les pieds à la maison et me reposer, je suis passée chez l’opticien refaire mes lunettes, qui avaient été brisées pendant l’accident. Oui tout cela avec des douleurs dans le corps, je crois que spirituellement je me battais contre elles. Néanmoins quand j’y repense aujourd’hui, je réalise à quel point cela aurait pu être encore pire, car les morceaux de verre de mes lunettes se seraient enfoncés dans mes yeux. Je remercie sincèrement Dieu de m’en avoir protégée.

Les deux semaines suivantes, je me butais aux médicaments en revivant sans cesse les images de cet accident dans ma tête. Et vous savez ce qui me bouleverse encore aujourd’hui ? C’est de réaliser à quel point j’ai eu de la chance, parce que cette rue est très passante, aux heures de pointe la circulation y est dense. Cependant, au moment exact où l’accident est survenu, aucune voiture ni aucun bus ne circulait, genre rien du tout ! Parce que sinon, aujourd’hui, je ne serais probablement pas en train d’écrire ces lignes. Trois semaines après mon accident, j’osais prendre des photos, dont celles qui illustrent ce témoignage écrit, car j’avais toujours des traces, mon œil droit s’ouvrait peu à peu j’étais happy. Souvenirs douloureux et tristes, mais à garder précieusement parce que je suis une miraculée !

Depuis ce jour, j’ai une pensée particulière pour toutes les personnes qui ont perdu la vie dans un accident de voiture, de moto, de trottinette ou même d’avion. Et plus encore, pour celles qui ont survécu et qui ont dû affronter la souffrance insupportable des blessures et des séquelles, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Parce qu’un accident ne se résume pas à un choc, c’est une expérience traumatisante qui traverse le corps, l’esprit et l’âme en quelques secondes, et change quelque chose en vous pour toujours. Pour ma part, j’ai développé une phobie abyssale des trottinettes électriques et je fais encore plus attention lorsque je traverse.

La leçon que j’ai retenue de mon horrible accident avec cette maudite trottinette électrique, c’est que la vie est très fragile. On passe tellement de temps à stresser pour des choses qui, finalement, n’ont presque aucune importance. On reporte nos projets, on se met des pressions, on court après le temps, on se chamaille, on se fâche etc. On pense avoir le temps de réaliser, de se réconcilier, de guérir. On croit que demain nous appartient, que nenni ! La vérité, c’est que personne ne sait de quoi demain est fait. En quelques secondes, tout peut s’arrêter. Tout le monde le sait, et on ne le répétera jamais assez. Mais on continue quand même à avoir des conflits avec la vie et nos relations…

Ce jour-là, je suis juste sortie pour prendre un peu l’air et acheter des pâtes après une journée de travail à la maison. Je n’aurais jamais imaginé que ma vie pouvait basculer aussi vite. Depuis, j’essaie de regarder la vie autrement, en appréciant les moments simples. Dire aux gens les choses telles que je les ressens, sans tergiverser. Demander pardon quand j’ai tort et pardonner lorsque l’on me présente des excuses sincères. Rire davantage, voyager, respirer dans un joli coin de nature. Profiter de la présence de ceux qui nous sont chers, et surtout, arrêter de remettre le bonheur à plus tard. En réalité, c’est ce que j’ai toujours fait, mais depuis cet accident, cela s’est décuplé.

Au final, tant que nous avons la santé, ouvrons encore les yeux chaque matin, avons la possibilité de marcher, de parler, d’aimer et d’être aimée, de manger à notre faim et de boire à notre soif, travailler et gagner honnêtement notre argent, alors on possède déjà l’essentiel, nous sommes richement bénis !

La vie est imprévisible, bien c’est justement pour cela qu’elle mérite d’être vécue pleinement.

Rédigé avec gratitude.

Diane.

Articles recommandés