On ne puise jamais dans le vide, mais dans ce que l’on a traversé, ressenti, compris. Et pour avoir quelque chose de vrai à offrir, il faut d’abord accepter de vivre pleinement. Le silence aussi a quelque chose à dire, et il mérite d’être entendu, quelle que soit sa durée.
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L’arrêt qui précède tout recommencement
Écrire, c’est d’abord prendre le temps d’observer
Certains jours les mots refusent de se manifester, le curseur clignote sans direction, face à cette blancheur qui ressemble presque à un vide prêt à nous engloutir. La page blanche, je la redoutais comme beaucoup d’écrivains et elle a fini par s’inviter chez moi. On l’interprète souvent comme un signe d’épuisement, un manque d’inspiration ou un blocage émotionnel. Pourtant, elle est peut-être l’une des formes les plus brute de l’étape de la création création, celle qui nous oblige à lever les yeux du clavier et de notre carnet de notes, pour les poser sur la vie elle-même.
Observer, écouter, ressentir à nouveau ce qui existe autour de nous, mais aussi en nous. Car, en ce qui me concerne, je n’écris jamais à partir du néant, j’écris sur ce que j’ai vécu, traversé, remarqué, accumulé en silence. À l’ère de l’intelligence artificielle, certains trouveront étonnant de ne pas s’en remettre entièrement à elle pour rédiger et trouver des idées, ce serait trop facile ! J’écrivais avant l’IA à l’aide de mes cahiers de notes. Le cerveau a besoin de travailler, de chercher, de réfléchir, afin de préserver cette authenticité qui nous habite pour créer de la magie. La page blanche n’annonce pas la fin de l’écriture, elle est ce souffle suspendu qui nous invite à ralentir pour mieux regarder autour de soi et s’y concentrer.
Les réseaux sociaux happe parfois notre voix intérieure
Le risque de perdre le lien avec son essence
En tant qu’auteure, je partage aussi mes réflexions sur les réseaux sociaux, ceux qui savent, savent. D’un côté, il y a cette envie légitime d’être lue, entendue, reconnue, de l’autre, il y a le piège d’un univers qui exige une présence constante, un rythme que l’on ne s’est même pas choisi, jusqu’à confondre performance et création, et je déteste ça ! Dans ce genre d’environnement, on finit parfois par publier pour plaire avant même d’avoir pris le temps de réfléchir réellement à ce que l’on veut transmettre. On soigne davantage l’emballage que le fond, on surveille les réactions plus qu’on ne s’écoute soi-même.
Peu à peu, sans même s’en rendre compte, le naturel s’efface pour laisser place au réflexe de répondre aux attentes, au rythme social, à cette mémoire collective qui dicte ce qu’il faudrait penser, écrire ou ressentir. Écrire sans s’appuyer sur sa propre pensée, c’est écrire sous pression et non sous inspiration, au risque de proposer des textes qui ne portent pas notre essence. C’est précisément à ce moment-là que ralentir cesse d’être une option pour devenir une nécessité, peu importe le temps que cela prendra.
Quand écrire devient impossible
Et que le trop-plein étouffe la voix intérieure
Dans un monde hyperconnecté, le silence d’un auteur est souvent mal interprété. On le prend pour une disparition, de la procrastination, ou même un effondrement émotionnel. Pourtant, ce silence n’est pas forcément une fuite, on n’abandonne pas non plus nos lecteurs, loin de là. Pour ma part, lorsque je me retrouve face à la page blanche, c’est souvent parce qu’un trop-plein finit par étouffer ma propre voix, trop d’idées, trop d’informations, trop de bruit qui envahissent mon âme au lieu de la nourrir et ça me fige.
Si je me force à écrire chaque phrase finit par sonner faux, comme parasitée par l’incohérence à force d’accumuler. La pensée veut se déverser dans cet immense océan qu’est Internet, mais elle ne trouve plus son lit. Et contrairement à ce que l’on croit, on n’a pas toujours besoin d’une rupture, d’un deuil ou d’une crise pour faire une pause. Parfois, on a simplement besoin du silence. D’un silence choisi, d’un silence loin des réseaux, loin des distractions permanentes, afin de se reconnecter à ce qui nous anime réellement et raviver la flamme de l’écriture. Alors quand je patauge dans cette situation, je réduis le monde autour de moi pour pouvoir vivre pleinement dans le mien, je m’offre ma propre présence.
Écrire au rythme de sa vie, pas de l’algorithme
Retrouver sa création libre de toute obligation de visibilité
La vie telle qu’elle se vit, et non telle qu’elle se montre ou raconte, est une richesse dont je ne pourrai jamais disposer avec les réseaux sociaux. Loin du brouhaha des timelines et des opinions qui s’empilent, mon esprit retrouve un espace où il s’épanouit en toute liberté et désenchaîné. Ne plus dépendre des compliments des uns ni des critiques des autres. Être simplement soi. Voilà ce qui me ramène toujours vers la vie réelle.
Une conversation sur un Rooftop avec une personne chère, une série regardée sous une couette un soir pluvieux d’automne, un appel qui dure des heures avec son coup de cœur, une émotion inattendue, ce sont ces instants ordinaires qui me stimulent et nourrissent profondément mon écriture. Je déteste entendre que ne pas publier signifie prendre du retard, ou pire disparaître, « ne plus avoir de vie », ce n’est pas parce que je ne suis pas active sur la toile que je suis indisponible ou que ma vie n’est pas trépidante ! Comme si exister passait obligatoirement par le fait d’être visible, pas question avec moi. Mon goût pour l’écriture renaît lorsque je vis pleinement, sans pression, sans obligation de présence constante. Je n’écris pas par devoir, mais par désir, par passion, par amour selon mon propre rythme. Et cela me suffit.
Être soi en toute circonstances comme ligne d’écriture
Les lecteurs ressentent toujours ce qui vient du vrai
La page blanche révèle souvent la pression que l’on s’impose à soi-même. À force de vouloir trop bien faire, le perfectionnisme finit par prendre la place du plaisir. On reformule ses phrases pour les rendre plus accessibles, plus consensuelles, jusqu’à ne plus vraiment se reconnaître dans ce que l’on écrit. Revenir à soi devient alors indispensable. Reprendre la plume avec l’unique intention de partager une pensée entière, avec des mots qui nous ressemblent réellement, sans chercher à les lisser pour satisfaire notre audience. Tout le monde ne comprendra pas toujours le message que l’on souhaite véhiculer derrière nos rédactions de toute façon, et ce n’est pas grave.
Revenir à soi pour oser. Oser de sortir des sujets attendus, explorer des tonalités inhabituelles, parfois dérouter ou même décevoir. C’est sortir de sa zone de confort tout en faisant attention à cette voix intérieure qui donne à notre écriture sa véritable dimension. Les textes les plus percutants, sont souvent ceux qui viennent de ce que l’on ressent, considère et pense réellement. Ils attirent et touchent les lecteurs, permettant de les fidéliser.
On ne perd pas sa science devant la page blanche
On apprend à la perfectionner dans la patience, dans le silence
On croit souvent qu’un écrivain doit produire sans arrêt pour rester pertinent. Seulement, une parole constante, sans recul ni clarté, finit par perdre son impact. J’ai toujours comparé les écrivains aux peintres, lorsqu’ils n’arrivent plus à créer ce qu’ils portent en eux, la frustration peut devenir immense et les rendre littéralement fous. J’ai moi-même accumulé d’innombrables esquisses de rédactions inachevés, ne pas les terminer me déséquilibrait et me dépitait. En tant qu’auteur il faut freiner, c’est tellement nécessaire pour ne pas se briser intérieurement. Le travail s’approfondit dans le silence.
Les pensées ont besoin de mûrir avant d’être déposées sur une page. Et lorsque les mots reviennent enfin, après une période creuse, ils portent un poids différent parce qu’ils n’ont pas été précipités. Ils ont simplement été façonnés dans l’ombre avant d’éclore, d’où l’importance de faire preuve de patience envers soi. Devant la page blanche, je n’ai pas perdu ma lumière, ni mon élan. Dans cette pause littéraire, j’ai appris à revenir à l’essentiel et m’y focaliser, assez longtemps pour avoir, de nouveau, quelque chose de vrai, cohérent, en phase avec celle que je suis, à écrire et transmettre.
Je reprends doucement ma plume sans toutefois me forcer. Prendre le temps de vivre pleinement cette belle vie pour éveiller de nouvelles inspirations m’a beaucoup aidée. Première page blanche remplie, et que dire ? It feels good !
Diane 🤍
-Texte protégé par des droits d’auteur-
